Flâner dans les cimetières du Haut-Béarn

Pas besoin de s’habiller tout en noir et de parler avec les corbeaux pour apprécier les cimetières et leur ambiance feutrée. Dans les villages, ils sont encore souvent situés au cœur du bourg, proches de l’église, et il suffit d’en passer le portail pour découvrir des lieux apaisants et chargés d’histoire.

Tous ceux qui ont déjà visité le cimetière du Père Lachaise, poumon vert de Paris rempli de stars (décédées) et de renardeaux et touristes (bien vivants) savent que les cimetières sont également, et paradoxalement, des lieux de vie.

Au Mexique, on fête les morts en traçant des chemins de bougies entre les maisons et les tombes, afin de garder un lien avec la famille disparue, tandis qu’aux Philippines, des familles entières vivent désormais dans les cimetières, dernier refuge pour ceux qui ne trouvent pas de logement. Tout autour du monde, les différentes coutumes et rites montrent que ces lieux qui abritent les dernières demeures de nos familles sont importants.

Alors, en ce printemps des cimetières, je vous propose mon top des cimetières et tombes du Haut-Béarn. Un avis totalement subjectif et partiel, sans véritable classement, histoire de ne vexer personne !

Sainte-Croix

Surplombant la promenade Bellevue, la bien nommée, l’ancien cimetière de Sainte-Croix offre une vue imprenable sur Oloron et les montagnes environnantes. On y trouve les tombes de nombreux notables du temps jadis, bien rangés de part et d’autre du cimetière, avec une longue allée centrale enherbée et l’église Sainte-Croix qui domine au fond. Un endroit stratégique pour regarder les nuages s‘amonceler les soirs d’orage, et les rayons de soleil tomber sur les montagnes.

Le Faget

On peut également citer le tout petit cimetière de l’ancienne chapelle du Faget. Niché en haut de la crête, il permet d’avoir une très belle vue sur les coteaux de Lasseube. Entouré de champs, de forêts, c’est un cimetière de poche. Parfait pour une petite balade bucolique.

Aydius

Enfin, Aydius a réussi à accrocher son cimetière (et son église) au milieu des rues du village, lui-même accroché aux montagnes. C’est un cimetière à étages, avec vue sur les sommets, qui se mérite : si on ne connait pas son chemin, on peut facilement se perdre !

Lurbe

Le cimetière de Lurbe est sans aucun doute celui qui m’étonne le plus, et auprès duquel je reviens régulièrement. Il possède notamment un monument représentant une femme protégeant de ses bras deux hommes à genoux, avec sept noms à consonance espagnole gravés au bas de la stèle. C’est l’association Terres de Mémoires et de Luttes qui a fait resurgir son histoire : En 1937 et 1938, plus d'une centaine d'enfants basques auraient été envoyés à Lurbe, pour les protéger de la guerre qui faisait rage entre républicains et franquistes. On ne sait ni qui finançait leur séjour, ni de quoi sont morts ces 5 hommes, 1 femme, et 1 enfant de 4 ans, ni ce que sont devenus autres enfants.

Plus étonnant encore, blotti contre l’église, une tombe attire l’œil. Le nom inscrit est celui de Emile Stanimirovich, et le texte qui suit ne cesse de m’interroger : » sujet serbe, né à Lomnizza le 28 octobre 1907, caporal honoraire à l’âge de 10 ans dans l’armée serbe, recueilli par l’association nationale française des orphelins de la guerre, décédé à Lurbe le 29 septembre 1920 ». Emile, né en Serbie, a donc connu la guerre à l’âge de 7 ans, est devenu caporal en 1917, puis, on ne sait comment, est arrivé à Lurbe, où il est mort à l’âge de 13 ans.

Légugnon

J’aime cette tombe car elle résiste au temps, et que nous n’en percerons sans doute jamais le mystère. Mais elle est là ! A Escout, un petit cimetière abandonné se cahce dans la forêt… Pourquoi, un jour, a-t-il été délaissé ? Et dans l’église Sainte-Croix, lors de travaux de rénovation du sol, des tombes anciennes étaient réapparues, intactes, protégées par hasard pendant des décennies par du béton sans âme.

Les tombes, souvent, racontent une histoire, vous l’avez compris. Aujourd’hui encore, les petites plaques commémoratives (« à notre ami du club de pétanque »), permettent d’en savoir plus sur la vie et les passions du défunt : Parfois même, elles mettent en avant un parcours méconnu.

Sainte-Croix (nouveau cimetière)

Au nouveau cimetière de Sainte-Croix, rue d’Aspe, on croise ainsi le célèbre Jules Supervielle, mais également Marie Josèphe de Beauregard. A première vue, les plus férus d’histoire d’entre nous peuvent dire qu’un rond-point porte son nom à Oloron, devant l’usine de train d’atterrissage Safran, car elle était pilote. Bien. Mais sa tombe est un roman, qui rappelle tous ses faits d’armes, invisibilisés sans car elle était une femme, à une époque qui n’était pas particulièrement progressiste. Pilote, oui, mais également cavalière, première avocate de France, productrice de cinéma, reporter à l’international, et évidemment fervente féministe. Marie-Josephe de Beauregard a été oubliée… Mais sa tombe, pour l’éternité, grave dans le marbre ce qu’elle était !

Et tout en bas de sa dernière demeure, presque effacée, une citation d’Antoine de Saint-Exupéry, aviateur tout comme elle : « J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai ».

Ce sera ma conclusion, ou presque. Car on pourrait en citer tant d’autres, de ces cimetières peuplés de gens indispensables, d’inconnus aux histoires sublimes que nous ne connaitront sans doute jamais. La prochaine fois que vous irez au cimetière, attardez-vous… et prenez le temps de les rencontrer !

Enfin, pour les férus de généalogie, je ne peux que conseiller le projet de Geneanet « sauvons nos tombes » qui recense plus de 500 000 tombes. Plus besoin de faire un voyage à l’autre bout du pays pour relever la date de naissance de votre arrière-grande-tante ! Et comme il s’agit d’un projet collaboratif, chacun est invité à prendre en photos quelques tombes afin d’enrichir la base… Une bonne excuse pour continuer à traîner dans les cimetières, pour la bonne cause !