Alexandre Dumas : un écrivain, des mousquetaires et quelques très mauvaises idées financières

À l’occasion du Mois Dumas au Centre Ambille d’Arette, petite plongée dans la vie d’un homme qui n’a visiblement jamais entendu parler de modération. Alexandre Dumas a écrit des dizaines de romans et de pièces, voyagé, fait de la politique, raconté ses aventures, mangé avec enthousiasme, fait construire un château à son nom et accumulé quelques dettes au passage. Et, accessoirement, il a créé les Trois Mousquetaires et le Comte de Monte-Cristo.

Il y a Alexandre Dumas l’écrivain, celui que l’on croise au collège avec Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo. Et puis il y a Alexandre Dumas l’homme. Et là, franchement, le personnage devient encore plus intéressant.

Né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts, Dumas est le fils du général Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit le général Dumas. Son père, né à Saint-Domingue d’un père français et d’une mère esclave, devient l’un des généraux les plus remarquables de la Révolution française. Il meurt en 1806, alors qu’Alexandre n’a que quatre ans.

Le futur écrivain grandit donc sans fortune et sans son père. Il monte à Paris dans les années 1820 et commence par travailler dans les bureaux du duc d’Orléans. Mais ce qui l’intéresse vraiment, c’est le théâtre. Ses premières réussites viennent de la scène, avant qu’il ne se lance dans le roman historique et le feuilleton.

Et là, il trouve son terrain de jeu.

Le feuilleton fonctionne alors un peu comme une série télévisée : une histoire publiée par épisodes dans le journal, avec juste assez de suspense à la fin pour donner envie d’acheter le numéro suivant. Dumas en devient l’un des maîtres. Il sait tenir son lecteur, multiplier les rebondissements et surtout lui faire penser : « Bon, allez, encore un chapitre. »

Ce qui nous semble très contemporain ne l’est donc pas tant que ça. Dumas avait simplement remplacé le bouton « épisode suivant » par le journal du lendemain.

1844 : Dumas frappe deux fois

En 1844, il frappe fort. Les Trois Mousquetaires paraît en feuilleton dans Le Siècle, tandis que Le Comte de Monte-Cristo commence sa publication dans le Journal des débats.

Et le succès est énorme.

D’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis deviennent des personnages familiers. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, Dumas ne sort pas ces mousquetaires de son chapeau. Il s’appuie notamment sur les Mémoires de Monsieur d’Artagnan, de Gatien de Courtilz de Sandras, publiés en 1700.

Une anecdote rapportée par l’Académie française raconte que Dumas aurait découvert cet ouvrage à la bibliothèque de Marseille et l’aurait emporté avec lui en diligence pour poursuivre sa lecture. L’histoire ajoute qu’il ne l’aurait jamais rendu.

On laissera chacun décider s’il s’agit d’une passion littéraire un peu trop enthousiaste ou d’un rapport assez créatif aux règles des bibliothèques.

Dumas travaille également avec des collaborateurs, notamment Auguste Maquet. Celui-ci participe à la préparation de plusieurs grands romans, parmi lesquels Les Trois Mousquetaires, Vingt Ans après, Le Vicomte de Bragelonne et Le Comte de Monte-Cristo.

Le fonctionnement de la production littéraire du XIXe siècle est très différent du nôtre : les écrivains doivent fournir énormément de textes pour les journaux et les éditeurs, souvent dans des délais serrés.

Dumas, lui, produit à un rythme impressionnant.

Mais il ne se contente pas d’écrire. Il voyage beaucoup et publie des récits de voyage, notamment sur la Suisse, l’Italie, la Russie et le Caucase. Il écrit des mémoires, des chroniques, du théâtre… Bref, il semble avoir considéré que lorsqu’une chose pouvait devenir un texte, autant en faire un texte.

Un château, beaucoup d’argent et une certaine conception de la dépense

Et puis il y a son goût pour les belles choses.

En 1847, après le succès de ses romans, Dumas fait construire au Port-Marly le domaine de Monte-Cristo. Il y fait édifier un château néo-Renaissance, accompagné d’un pavillon néogothique baptisé Château d’If, et aménage autour un parc avec grottes, rocailles et cascades. Il inaugure l’ensemble le 25 juillet 1847.

Oui, il a donc fait construire son propre Monte-Cristo.

C’est assez Dumas.

Un peu moins Dumas : le coût de l’opération.

La construction lui coûte une fortune et ses dépenses finissent par le rattraper. Le domaine est vendu en 1849 et Dumas quitte la France pour la Belgique en 1851, poursuivi par ses créanciers.

L’auteur du Comte de Monte-Cristo, qui a imaginé l’un des plus célèbres retours de fortune de la littérature, avait donc lui-même quelques difficultés avec la gestion de son patrimoine.

On ne peut pas tout réussir.

Il lui reste heureusement la cuisine.

Dumas est passionné de gastronomie au point de consacrer les dernières années de sa vie à un Grand Dictionnaire de cuisine. Le manuscrit est achevé en 1870. Dumas meurt le 6 décembre de la même année et l’ouvrage est publié à titre posthume en 1873. Il compte plus d’un millier de pages et mélange recettes, produits, anecdotes et histoire de la cuisine.

Ce livre est finalement assez révélateur de son auteur. Dumas aime les histoires, les voyages, les rencontres et les repas. Alors pourquoi choisir ?

Il met tout dans le même livre.

Un écrivain qui n’a jamais vraiment quitté nos écrans

Et c’est peut-être ce qui explique encore aujourd’hui la popularité de son œuvre. Dumas ne cherche pas à faire compliqué. Il veut raconter une bonne histoire. Une histoire avec de l’amitié, de l’amour, de la vengeance, de l’argent, du pouvoir, des secrets, des bagarres et suffisamment de rebondissements pour qu’on ait envie de savoir ce qui arrive cinq pages plus loin.

Deux siècles plus tard, la recette fonctionne toujours.

On connaît parfois ses personnages sans avoir lu ses romans. On connaît D’Artagnan, les mousquetaires, Monte-Cristo, Milady. On connaît certaines histoires par le cinéma ou la télévision avant même de savoir qu’elles viennent d’un livre.

C’est aussi ça, la force de Dumas : il a écrit des histoires qui ont réussi à sortir des livres.

Alors, pourquoi un Mois Dumas à Arette ?

Peut-être tout simplement parce qu’Alexandre Dumas mérite mieux que l’image d’un vieux monsieur à barbe associé à une lecture obligatoire.

C’était un écrivain populaire au sens plein du terme : curieux, prolifique, spectaculaire, parfois excessif, avec un goût certain pour l’aventure et une imagination qui ne semblait jamais avoir reçu le mémo lui demandant de ralentir.

Et derrière les grands classiques, il y a tout un monde à découvrir : les voyages, le théâtre, l’Histoire, la gastronomie, les personnages réels qui ont inspiré les romans, les collaborateurs, les journaux et cette formidable mécanique du feuilleton.

Bref, si vous pensez déjà connaître Alexandre Dumas parce que vous connaissez les Trois Mousquetaires, vous connaissez probablement le début de l’histoire.

Et ça tombe bien.

Dumas adorait les suites.