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La bande dessinée documentaire, ou comment raconter le réel en images !

Aujourd’hui, Raphaële, bibliothécaire à la Médiathèque des Gaves, vous propose de revenir en détail sur un genre à part entière.

Longtemps associée à la fiction et à l’imaginaire, la bande dessinée se révèle être une manière pertinente de raconter le monde qui nous entoure. La BD reportage ou encore la BD documentaire est née des mains d’auteurs engagés, militants voulant couvrir les conflits armés ou sociétaux. Il s’agit avant tout de témoigner de l’urgence de montrer le réel, de faire réagir et ainsi de mieux appréhender la société dont nous faisons partie.

Réel outil d’information qui permet également une expérience du sensible et du vécu, propre à chaque auteur. La BD documentaire mêle deux univers pourtant opposés : la précision du fait, le factuel du reportage d’une part et la subjectivité qu’apporte le traitement graphique et le dessin d’autre part.

 

Faisons le point ensemble !

Au commencement, il y avait le dessin et la presse…

Dans la presse du début du 20ème siècle, les journaux s’emparent d’illustrations, de caricatures et de visuels. C’est d’ailleurs dans ce contexte que la bande dessinée est apparue. Ainsi cette filiation entre visuels, images, illustrations et presse a évolué mais ne s’est jamais perdue.

En France, la presse alternative des années 1970 et 1980 se pare de dessins de CABU dans Hara-Kiri et Charlie hebdo et par Jean TEULÉ dans l’Écho des Savanes.

Puis il y a eu les précurseurs !

Art SPIEGELMAN*, figure emblématique du courant underground de la bande dessinée des années 1960 et 1970, marque les esprits et obtient en 1992, le prix Pulitzer pour son album Maüs. Cette œuvre, aujourd’hui traduite dans une trentaine de langues, retrace la vie de sa famille pendant l’Holocauste entre 1939 et 1945. Il a consacré treize ans de sa vie à cette œuvre qui a su séduire un public bien plus large que les lecteurs de BD.

L’un des précurseurs du genre est Joe SACCO*, avec la sortie en 1993 de son album Palestine aux éditions Rackham. Dans cet album, Joe Sacco nous livre son récit de voyage effectué dans les terres palestiniennes occupées par Israël.

Journaliste rigoureux, l’auteur nous propose un travail de terrain richement illustré.

Cet ouvrage reste une lecture essentielle pour comprendre les causes et les enjeux de ce conflit.

Les années 2000, la diversification du genre ?

Les années 2000 représentent une période charnière qui marque un réel tournant. Des publications comme Persépolis de Marjane SATRAPI de 2000 à 2003 ou Rural ! Chronique d’une collision politique en 2001 d’Etienne DAVODEAU permettent au genre de se démocratiser et de se diversifier.

Celui-ci, devient plus accessible et permet également de mettre au centre de la réflexion des sujets de société.

La très grande variété de formes narratives (l’essai, l’enquête, le témoignage, le grand reportage, l’autobiographie) permet d’aborder des thématiques très vastes comme les missions scientifiques, les carnets de voyages, les récits politiques et autobiographiques ou encore les enquêtes portant sur les dérives financières et bancaires, l’environnement, les scandales politiques.

Elle a la particularité de montrer bien plus qu’elle ne dit. A l’heure où les images d’information véhiculées par les médias classiques sont associées presque irrémédiablement à la rapidité, au sensationnel et à une actualité instantanée, la BD documentaire s’empare de l’image et permet au lecteur de construire son regard critique et de prendre du recul.

L’augmentation notable des publications ces dernières années signifie également pour les auteurs et les éditeurs qu’un nouveau lectorat est à conquérir. Ce courant qui compte à l’heure actuelle de plus en plus d’auteurs cherche sa légitimité car une de ses caractéristiques principales est cette multi-identité, cette polyvalence de l’auteur.

Celui-ci est narrateur, reporter, journaliste, enquêteur et se plaît à se représenter lui-même dans son propos, comme si constamment il se devait de prouver son implication, son point de vue sur les choses.

Étienne Davodeau, un auteur de BD reportage, écrit ainsi à propos de Joe Sacco :

« En choisissant de se représenter graphiquement au sein de ses propres pages, Sacco revendique sa présence d’auteur aux commandes de son projet artistique. Il signale au lecteur que ce qu’il lui donne à lire n’est que le résultat de son expérience personnelle sur place. […] Plutôt qu’à une hypothétique objectivité toujours difficile à établir, Joe Sacco confie le destin de son livre à une subjectivité clairement énoncée, qui confère à sa démarche artistique une honnêteté indéniable »

Et si le succès de la BD documentaire résidait dans sa simplicité ou dans cette volonté d’être honnête avec ses lecteurs ? Nous aimons la BD documentaire parce qu’elle explique, explore, raconte, dénonce, met en tension, révèle, valorise et surtout elle nous informe ! Nous les affectionnons car elles sont l’écho d’évènements marquants ou de choses que nous ignorons.

Du format papier au format numérique, une évolution permanente

Nous pouvons également évoquer l’extension numérique du genre avec le constat d’une explosion des bandes dessinées « numérisées » mises en ligne sur des blogs dédiés.

Le web devient alors un terrain de jeu où se côtoient vulgarisation scientifique (Tu mourras moins bête de Marion Montaigne), prise de position politique ou encore sujets historiques.

La BD documentaire serait-elle en train de vivre son apogée ?

N’oublions pas de citer des incontournables du genre, le magazine XXI ou encore la Revue Dessinée lancée en 2013 (projet à l’initiative de Marion Montaigne et d’Etienne Davodeau) avec aux commandes Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray et Kris.

La dernière-née est sa petite sœur, il s’agit de la revue TOPO qui décrypte l’actualité et l’information pour les jeunes de moins de 20 ans.

Nous vous proposons une sélection de BD que nous aimons. Qu’il s’agisse d’une découverte ou d’une relecture, nous espérons piquer votre curiosité.

A vous de faire votre choix parmi les propositions du Réseau Lecture Publique du Haut-Béarn !

 

 

Et pour satisfaire les plus curieux :
  • Un article très complet de Séverine Bourdieu de sociologie de la littérature :
  • Un film documentaire que vous pouvez retrouver en ligne sur ARTE VOD:

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