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Le son, autrement

On n’y prête presque plus attention. Et pourtant, il est partout. Dans un froissement, une voix, un silence qui n’en est jamais tout à fait un. Le son ne fait pas qu’accompagner nos vies, il agit sur elles. Il modifie l’attention, apaise ou tend, rassemble ou isole.

Depuis quelques années, cette dimension sensible du son suscite un intérêt renouvelé. Non plus seulement comme objet musical, mais comme expérience à vivre. Certaines pratiques, anciennes pour la plupart, remettent au centre cette idée simple : écouter, c’est aussi ressentir.

À l’occasion du Mois du son, nous vous proposons à la Médiathèque des Gaves d’explorer ces usages à travers deux approches très différentes, mais complémentaires : la sonothérapie et la body percussion.

Des vibrations venues de loin

Derrière ce que l’on appelle aujourd’hui un « bain sonore », il n’y a rien de vraiment nouveau. L’idée que le son puisse agir sur le corps et l’esprit traverse les siècles et les continents. Dans de nombreuses cultures, écouter signifie déjà ressentir, et certaines traditions l’ont intégré au cœur de rituels, de méditations ou de pratiques de soin.

Au Tibet et au Népal, les bols chantants accompagnent depuis des siècles des pratiques méditatives. Fabriqués en alliage de sept métaux, ils produisent des harmoniques riches qui apaisent l’esprit et favorisent la concentration. Dans les monastères, ils rythment les sessions de méditation et accompagnent les mantras, aidant à créer un espace intérieur propice à l’introspection.

Edouard Parilusyan – Sonothérapeuthe

En Chine, le gong est utilisé dans des contextes rituels et cérémoniels, mais aussi historiquement pour marquer des événements ou signaler des mouvements d’armées. La vibration profonde du gong se propage dans l’air et dans le corps, générant une sensation physique immédiate et marquante. Dans la tradition indienne, le nāda, ou son cosmique, est envisagé comme une énergie fondamentale. Les chants sacrés et le yoga vocal exploitent cette résonance pour harmoniser souffle, corps et attention, dans une expérience sensorielle totale.

Aujourd’hui, le bain sonore contemporain s’inscrit dans cette continuité. On s’allonge ou on s’assoit, on ferme les yeux, et on se laisse envelopper par des nappes de sons produites par des bols, gongs ou autres instruments. Ces vibrations se diffusent dans l’espace et dans le corps, engageant une écoute active et une présence corporelle, bien au-delà d’une simple perception auditive.

Les retours des participants soulignent souvent des effets immédiats : relâchement, apaisement, respiration plus profonde, parfois même un état de conscience modifié. Certaines études explorent les effets physiologiques d’un bain sonore, évoquant une diminution de l’anxiété et du stress, même si la recherche scientifique reste encore limitée.

Ces pratiques se diffusent largement hors de leurs zones d’origine. À Los Angeles, Berlin ou Barcelone, elles se développent dans des studios, des centres culturels ou des lieux de bien-être. Le public qui y participe recherche souvent un ralentissement, un temps pour soi, loin du bruit et de l’agitation. Dans certains pays européens, le son est même intégré à des projets artistiques ou éducatifs, faisant de la vibration un outil collectif autant qu’individuel.

Le rythme dans la peau

À l’inverse, la body percussion ne cherche pas le relâchement, mais l’engagement. Ici, le son ne vient pas de l’extérieur : il naît du corps. Un claquement de mains, un pied qui frappe le sol, un souffle ou une voix. Rien de plus. Et pourtant, très vite, un rythme apparaît. Puis un autre. Le groupe s’accorde, se décale, se répond. Le corps devient instrument et l’ensemble devient musique.

Cette pratique a des racines anciennes. On retrouve des formes de percussion corporelle dans de nombreuses cultures, notamment en Afrique et dans le flamenco espagnol. Mais la discipline telle qu’on la connaît aujourd’hui s’est structurée plus récemment.

Keith Terry

Des artistes comme Keith Terry ont joué un rôle clé dans cette évolution. Musicien et pédagogue américain, il développe dès les années 1970 une approche du corps comme instrument à part entière. Il ne se contente pas de performer : il formalise, transmet, crée des méthodes accessibles et fonde des rencontres internationales. Son travail contribue à faire sortir la body percussion d’un registre informel pour en faire une pratique reconnue, à la croisée de la musique, de la danse et de l’éducation.

Cette pratique s’inscrit dans une histoire qui traverse les continents. À Barcelone, par exemple, des ateliers de percussion corporelle permettent aux participants d’explorer le corps comme instrument à travers jeux, improvisations et rythmes variés, intégrant aussi la voix comme élément mélodique et rythmique.

Le corps comme instrument n’est pas une abstraction : dans les écoles de musique ou lors d’événements pédagogiques, la percussion corporelle est utilisée pour travailler le rythme, la coordination et l’écoute collective. À une échelle plus large, au Brésil, le célèbre ensemble Barbatuques en est devenu l’un des exemples les plus emblématiques. Fondé à São Paulo dans les années 1990, le groupe mélange body percussion avec chants a cappella et rythmes brésiliens, créant des compositions où le corps devient véritable orchestre. Leur travail, présenté dans plus de 20 pays, contribue à faire connaître la discipline bien au‑delà du Brésil.

Mais ce qui fait sa force reste sa simplicité : pas besoin de formation musicale. Très vite, le rythme se construit à plusieurs, dans une attention partagée. Il engage, rassemble et invite à l’expérience directe du son, tout en créant du lien.

Vivez l’expérience avec nous !

D’un côté, on s’allonge et on écoute. De l’autre, on bouge et on produit. Tout semble opposer ces deux pratiques. Pourtant, elles racontent la même chose. Le son n’est pas seulement un bruit. Il engage le corps. Il modifie la perception. Il crée du lien. C’est cette expérience que l’on vous propose de découvrir gratuitement à la Médiathèque des Gaves.

Le mercredi 8 avril à 15h, le sonothérapeute Édouard Parilusyan animera un bain sonore. Les participants pourront s’installer, écouter, ressentir les vibrations des bols et des gongs, et, pour certains, les expérimenter directement. L’atelier est accessible à partir de 12 ans.

Un atelier de body percussion, le samedi 18 avril à 10h30, viendra compléter cette proposition. Ouvert à tous, il permettra de découvrir une pratique rythmique accessible et de partager un moment collectif autour du son et du mouvement.


Pour aller plus loin et écouter, pour se faire une idée

Avant ou après les ateliers, ces écoutes vous permettent d’approcher concrètement ces pratiques.

Bains sonores

▶️ https://www.youtube.com/watch?v=uC1bgHkQvAw

Une immersion avec bols tibétains, assez fidèle à l’expérience d’un bain sonore.

▶️ https://www.youtube.com/watch?v=lTjng5vtb5w4

Une version plus longue, plus méditative.

Body percussion

▶️ https://www.youtube.com/watch?v=vQx1u0a9i8k
Performance du groupe Barbatuques.

 

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